Partager l'article ! En Guyane, les recours n'arrêtent pas les forages de Shell: [Article acheté en accès réservé : LE MONDE | 01.08.2012 à 16h0 ...
[Article acheté en accès réservé : LE MONDE | 01.08.2012 à 16h06 • Mis à jour le 01.08.2012]
Recours administratifs ou pas, Shell poursuit sa
quête de l'or noir, au large de la Guyane. Le forage d'un puits d'exploration – le second dans cette zone – a débuté, comme prévu, le 6 juillet, et le groupe pétrolier s'apprête à présent à
mener une campagne de prospection sismique. Cela, dans une relative discrétion, loin des remous
suscités, mi-juin, par la décision de l'éphémère ministre de l'écologie, Nicole Bricq, de stopper
avant leur signature deux arrêtés préfectoraux nécessaires au lancement des travaux. Les arguments de Shell (associé au Français Total et au Britannique Tullow Oil), qui espère trouver un gisement d'au moins 600 millions de barils de brut, l'ont emporté. Les deux arrêtés ont été publiés le 20 juin. Et le
Stena-Icemax, navire-plate-forme de 228 mètres, qui avait jeté l'ancre dès le 19 juin au-dessus du réservoir de Zaedyus, à 130 kilomètres au
nord de Cayenne, est entré en action. Le forage exploratoire est mené à 2 000 mètres de profondeur – l'épaisseur de la couche océanique –, le gisement visé se situant, lui, 4 000 mètres
plus bas. La flotte mobilisée par le groupe pétrolier est également composée de l'Oceanic-Phoenix,
un bâtiment de 114 mètres de long destiné à la prospection sismique, et de plusieurs bateaux assurant la sécurité sur le site en permanence ou apportant un soutien logistique.
PLUSIEURS RECOURS
La mécanique semble parfaitement bien huilée, à quelques rouages juridiques près. "On s'attendait à ce que les arrêtés soient attaqués", indique le préfet de la région Guyane, Denis Labbé. Il a vu juste : les autorisations préfectorales, délivrées en deux temps, le 11 mai et le 20 juin, sont sous le coup de plusieurs recours, qui ne sont toutefois pas suspensifs. La fédération d'associations Guyane Nature Environnement a déposé le sien le 11 juillet, auprès du tribunal administratif de Cayenne. Se fondant sur l'article L218-32 du Code de l'environnement, selon lequel "les rejets qui résultent directement des opérations d'exploration doivent être exempts d'hydrocarbures", le coordinateur de la fédération écologiste, Christian Roudgé, met en cause l'utilisation de boues à huile comme lubrifiant, pour le forage puis pour la remontée des déblais. D'après lui, les autorisations délivrées permettent à Shell de rejeter en mer des produits toxiques. "Il n'y pas de rejet liquide", répond le directeur adjoint de la Direction de l'environnement, de l'aménagement et du logement, Joël Duranton, qui évoque "des interprétations divergeantes" de l'article incriminé. Les fluides synthétiques restent en circuit fermé, précise-t-il, seuls les déblais étant filtrés puis essorés, avant d'être pour partie rejetés à l'eau.
"On considère aujourd'hui que l'utilisation de ces fluides correspond à la meilleure technique disponible permettant de limiter globalement le risque d'accident, et donc de pollution du milieu naturel", ajoute M. Duranton. Du côté de Shell, le directeur délégué en Guyane, Bruno Thomé, affirme respecter la loi. "Nous nous employons à répondre aux différentes exigences, assure-t-il. Dès le départ, nous avons essayé d'utiliser les techniques provoquant le moins d'impact."
Denis Labbé
"UN TYPE D'EXPLOITATION EXTRÊMEMENT SENSIBLE"
L'association Conso Guyane juge pourtant, elle aussi, ces garanties insuffisantes. C'est elle qui a déposé les premiers recours, pour "procédure irrégulière". "Il s'agit d'un type d'exploitation extrêmement sensible et on s'interroge sur son impact écologique et économique pour la Guyane", justifie son président, Franck Dubos, qui souhaite sensibiliser le grand public. Un recours administratif contre les arrêtés préfectoraux a aussi été adressé, début juillet, à la ministre de l'écologie, Delphine Batho, celle-ci disposant de deux mois pour se prononcer. Et Guyane Ecologie, parti affilié à Europe Ecologie-Les Verts (EELV), a également déposé un recours. Ces multiples procédures ne semblent guère inquiéter les responsables de Shell : "On continue dans notre logique : zéro accident et impact minimum sur l'environnement", dit son directeur délégué. Associations, services de l'Etat, élus guyanais et socio-professionnels participent du reste à une "Commission de suivi et de concertation sur le pétrole", réunie pour la première fois mi-juillet. Elle doit se pencher sur le respect de la sécurité et de l'environnement, mais aussi sur le développement économique et social de la Guyane. De fait, dans un département où le taux de chômage dépasse 20 %, la population paraît majoritairement préoccupée par les retombées économiques des hydrocarbures. "L'exploration doit se poursuivre. Pas à n'importe quelles conditions, mais elle doit se poursuivre", défend le premier vice-président du conseil régional, Jocelyn Ho-Tin-Noé (divers gauche).
"Tout ou presque reste à faire pour encadrer l'activité pétrolière", persiste pourtant Guyane Nature Environnement. Pour l'heure, en attendant la réforme annoncée du code minier, Shell va pouvoir mener à bien ses recherches par méthode sismique. Celle-ci consiste en des tirs de canon à air permettant, en fonction de la propagation des ondes, de "cartographier" le sous-sol. Ces opérations interviennent, dénoncent les associations environnementales, "au moment de la plus forte présence de cétacés en mer". Des prélèvements halieutiques ont été réalisés avec le comité régional des pêches, pour en évaluer les conséquences, et une étude d'impact a été mise en ligne par Shell. Mais, disent les écologistes, cette étude serait "largement perfectible". Par Franck Leconte (Cayenne, correspondance)
[Article en accès réservé : LE MONDE | 01.08.2012 à 16h06 • Mis à jour le 01.08.2012]
Ci-dessous la vidéo
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la vidéo, les détails des révélations et des témoignages avec les références de la plupart des documents cités dans le film et des liens pour en savoir plus.
Les révélations : Sur la base de documents officiels des exploitants gaziers, documents qui ont été publiés ou qui sont "tombés par du coffre", le réalisateur veut montrer que l'industrie du gaz n'a pas les moyens de prévenir ou de résoudre complètement les problèmes posés par l'exploitation des gaz de schistes.
Pièce N°1 : une présentation powerpoint de Southwest Energy, une compagnie d'exploitation des gaz de schiste, qui montre que la barrière en ciment censée empêcher la migration du gaz vers les couches aquifères ne marche pas. Pièce N°2 : un document de Schlumberger "Oil field review", publié en 2003, montre que la perte d'étanchéité dans les forages se produit fréquemment. Pièce N°3 : Une étude scientifique "Evaluation of the potential for Gas and CO2 leakage along wellbores" montre la migration du gaz à un rythme astronomique dans les puits dérivés ou horizontaux. Pièce N°4 : l'étanchéité de surface, celle autour des nappes aquifères, ne résout en rien le problème. Pièce N°5 : un document qui a "fuité" lors d'une conférence de presse de la société Archer, spécialisée dans le forage, montre des taux de fuites importants dans le Golfe du Mexique et la mer du Nord, taux de fuite appelés "décharges incontrolées".
Selon Josh, des
documents du Département de la protection de l'environnement de Pennsylvanie corroborent les résultats de Schlumberger : 121 puits sur les 1937 forés en 2011, 6,2%, sont défaillants en matière de
protection des nappes aquifères. Un document de l'Environnement Protection Agency (l'agence américaine de protection de l'environnement) confirme que la fracturation hydraulique peut contaminer
directement les sources d'eau potables. Josh Fosh rappelle aussi deux autres études : la première faite par la Colorado School of Public Health (Institut de santé publique du Colorado)
montre une probabilité "modérée à forte" de risque pour la santé causée par l'exploitation des gaz de schiste ; la deuxième concerne une étude sur une anomalie d'apparition du cancer du sein dans
la zone d'exploitation du gaz de schiste de Barnett Shale. Josh Fosh révèle également les sommes perçues par certains hommes politiques pour leur campagne électorale, les émoluments des
portes-paroles et lobbyistes de l'industrie gazière (747 millions de dollars pour le lobbying à washington)
Les témoignages majeurs
Biogénique contre thermogénique : Le gaz thermogénique est le gaz naturel formé par la distillation lente de matière organique piégée par les phénomènes géologiques pendant des millions d'années et sous l'influence de la chaleur de la croûte terrestre. Le gaz biogenique à l'inverse ne demande pas de températures élevées et se forme à faible profondeur sous l'action de bactéries. L'industrie du gaz dit que l'épisode du robinet qui brûle est dû à du gaz biogénique, et non au gaz de schiste. Un argument fallacieux selon le documentaire qui montre que les deux types de gaz peuvent être libérés par l'exploitation des gaz de schistes
Le Docteur Anthony Ingraffea, professeur à la Cornwell University (école de génie civil et environnemental), éminent spécialiste de la mécanique des roches et de la fracturation hydraulique, montre les risques importants de faille dans la gaine de ciment censée empêcher les fuites lors de la remontée du gaz vers la surface. Ingraffea est, avec le professeur Robert Howarth, le co-auteur d'une analyse de cycle de vie qui montre que le gaz de schiste n'est pas plus propre que le charbon. L'étude est à l'origine d'une controverse, au sein même de la Cornwell University.
Doug Shields a été le président du conseil municipal de Pittsburgh en Pennsylvanie. Il a fait interdire l'exploitation des gaz de schiste sur le territoire de la ville. Selon ses propos, la réserve d'eau potable de Pittsburgh a été fermée à cause des polluants issus de la fracturation hydraulique déversés dans la rivière contrairement aux affirmations des exploitants qui disaient avoir mis en place des installations de retraitement des eaux. Une enquête du New-York Times a montré qu'en effet des produits radioactifs et des cancérigènes dangereux comme le benzène étaient traités de manière inadéquate et rejetés dans les réserves d'eau potable à travers toute la Pennsylvanie.
Senateur Liz Krueger : "il y a suffisamment de preuves scientifiques pointant d'énormes problèmes" C'est Doug Shields qui suggère le nom du film en dénonçant la manière dont fonctionnent le plus souvent les médias : "si quelqu'un dit que le ciel est rose, les médias qui trop souvent ne font que rapporter des propos, diront qu' un tel a dit que le ciel est rose. Et si vous ne combattez pas ça, eh bien, le ciel est rose. [...]Et si quelqu'un vient dire que le ciel est bleu, les médias diront qu'il y a une polémique".
C'est encore Doug Shields qui rappelle que les marchands de tabac se sont jadis parjurés devant le Congrès des Etats-Unis, disant que le tabac ne présentait aucun risque "alors qu'ils avaient dans leurs tiroirs des études qui montraient le contraire". L'occasion pour le réalisateur de montrer les campagnes publicitaires réalisées par l'agence de relation publique Hill & Knowlton pour le compte des fabricants de tabac afin de dissiper l'idée que le tabac était dangereux. Et de rappeler qu'en 2009, l'association Américaine du gaz naturel a choisi Hill & Knowlton pour ses relations presse : "Tout d'un coup il y a eu des publicités partout, ils ont même acheté mon nom comme mot clé sur Google".
Naomi Oreskes est historienne des sciences. Elle est l'auteur du livre 'Merchants of doubts" (en français "Les marchands de doutes") qui trace une histoire des campagnes de désinformation depuis le tabac jusqu'au changement climatique. "Aussi longtemps qu'on entretien la polémique" dit-elle, "il y a des raisons pour ne pas prendre position pour une réglementation".
Une autre voix du film est celle de Jessica Ernst qui a intenté un procès contre la compagnie gazière Encana Corporation pour atteinte délibérée à la santé publique dans la province canadienne de l'Alberta.
Josh Fosh contre l'Amérique du gaz de schiste
Selon Josh Fosh, "les forages gaziers et la fracturation hydraulique résultent d'un processus industriel - polluant par nature - qui injecte dans le sous-sol des millions de litres d'eau et des produits chimiques toxiques à une pression énorme dans le but de fracturer la roche et de libérer le gaz qu'elle contient. Nombre de nappes phréatiques [de la nation 'américaine, ndlr] ont été contaminées avec des matières plastiques, des produits cancérigènes, des neurotoxiques, et autres perturbateurs endocriniens, et avec du gaz naturel explosif." Le réalisateur dénonce l'atteinte faite à la surface des sols, la pollution de l'air à grande échelle, les centaines de kilomètres de gazoduc, la circulation de camions, les explosions, les rejets dans la nature, les accidents, la crise de santé publique d'une industrie à grande échelle.
http://www.ddmagazine.com/2482-Gaz-de-schiste-Les-revelations-de-Josh-Fosh.html
Peut-on encore parler d’énergie en France ?
© Pascal Guittet - L'Usine
Nouvelle
Les polémiques sur les gaz de schiste et le nucléaire risquent d’occulter les débats énergétiques à venir. Une mauvaise nouvelle pour les autres énergies en attente de visibilité. Les récentes polémiques ne laissent rien présager de bon à l’approche des grands rendez-vous à venir : la conférence environnementale des 14 et 15 septembre prochains et le débat sur la transition énergétique. L’évocation d’une alternative écologique à la fracturation hydraulique pour explorer les gaz de schiste et l’idée que le nucléaire reste une filière d’avenir ont provoqué de vives réactions des associations écologistes. Elle a surtout entraîné une première fracture (attendue ?) entre le Parti socialiste et Europe Ecologie les Verts (EELV). Les propos d’Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif, étaient-ils à ce point iconoclastes ? En vérité, pas du tout ! La loi du 13 juillet 2011 interdit la fracturation hydraulique que ce soit à des fins d’exploration, d’exploitation ou même de recherche. En revanche, cette loi n’a jamais interdit les gaz de schiste en tant que tels. Pour ce qui est du nucléaire, le président de la République, François Hollande, a annoncé pendant la campagne que la centrale de Fessenheim (Bas-Rhin) serait fermée d’ici à cinq ans et que la part du nucléaire serait ramenée de 75 à 50 % dans le mix énergétique français à l’horizon 2025. Arnaud Montebourg a lui-même confirmé le besoin de rééquilibrer la part de l’atome dans le bouquet français.
Les ONG invitées à la conférence environnementale et EELV s’inquiètent. Elles craignent que toutes les décisions soient déjà prises et qu’il n’y ait pas de débats. "A quoi ça sert de participer à cette conférence si le débat est clos avant de commencer? " s’interroge le député EELV, Noel Mamère. La présidente du Medef, Laurence Parisot estime, pour sa part, paraphrasant un slogan (célèbre) de mai 68, qu’"il est interdit d'interdire le débat"… Que personne ne s’inquiète ! Les gaz de schiste et le nucléaire sont bien partis pour occuper très largement le devant la scène dans les jours, les semaines et les mois à venir ! Mais si débattre de ces thèmes est essentiel, leur omniprésence risque de masquer d’autres sujets d’importance, parfois plus urgents ! Quid de la filière photovoltaïque aux abois ? Quid du raccordement des parcs éoliens au réseau de transport d’électricité ? Quid du deuxième appel d’offres éolien offshore attendu avec impatience pour capitaliser sur la dynamique industrielle du premier round ? Quid de la biomasse et des barrages hydroélectriques ? Quid du réacteur de quatrième génération Astrid, du coût de la Contribution au service public de l’électricité (CSPE) et du pétrole Guyanais… On l’aura compris, il est urgent de laisser une "chance" aux autres énergies pour qu’elles puissent bénéficier d’une meilleure visibilité nécessaire à leur développement. Par Ludovic Dupin - Publié le 03 septembre 2012, à 17h09
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