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Après les propos d’Arnaud Montebourg sur le gaz de schiste et le nucléaire (BFMT V du 26 août 2012) : les ONG contestent les
orientations gouvernementales !
Après le gaz de schiste, le nucléaire: les ONG contestent les premières orientations gouvernementales en matière d'énergie et
s'interrogent ouvertement sur l'intérêt de la conférence environnementale des 14 et 15 septembre, si tout est déjà décidé. L'énergie constitue un
point-phare et l'un des dossiers les plus difficiles de cette conférence, qui réunira des représentants de l'Etat, des ONG, des syndicats de salariés et d'employeurs, des élus locaux et des
parlementaires. En envisageant en janvier la tenue de cette conférence, François Hollande, alors candidat à la présidence, avait souligné que la crise n'était pas seulement une crise
financière, économique et sociale, mais aussi une crise environnementale. Toutefois, sur l'énergie, notent Greenpeace et France nature environnement
(FNE), le Président a jusqu'à maintenant arbitré en faveur d'Arnaud Montebourg (Ministre du Redressement productif) au détriment de Delphine Batho (Ministre de l’Ecologie et du Développement
durable) et semble avoir oublié toute idée de sobriété ou d'efficacité énergétique qui réduirait la production de gaz à effet de serre et le réchauffement climatique. Déjà vendredi, plusieurs ONG étaient montées au créneau après les déclarations du Premier ministre Jean-Marc Ayrault sur les gaz de schiste. Alors que la fracturation hydraulique est interdite depuis l'an dernier en France, M. Ayraut avait déclaré « que le débat n'était pas tranché et
serait remis sur la table lors de la conférence. »
Multiplication des signaux négatifs : C'est un vrai recul, relevait Jean-François
Julliard, directeur général de Greenpeace France, soulignant qu'il n'y a pas de technique propre qu'on maîtrise. Maryse Arditi, de France nature environnement (FNE), insistait aussi – à propos
des gaz de schiste - sur l'absence de méthode propre, avec une remontée obligatoire de minéraux et des métaux lourds et le risque d'atteinte aux
nappes phréatiques. WWF évoquait des risques de santé publique. Les dernières déclarations d'Arnaud Montebourg, affirmant que le nucléaire est une filière d'avenir même s'il faut qu'elle soit
rééquilibrée, ont de nouveau mis le feu aux poudres. « Agir pour l'environnement » s'est amusé à souligner que Montebourg avait raison en
parlant de filière d'avenir « puisque le nucléaire, avec ses déchets hautement toxiques et radioactifs, nous engage pour l'éternité. » Comment qualifier « d'énergie d'avenir »
une technologie du siècle dernier, qui écrase les vraies énergies de demain que sont les énergies renouvelables et empêche la mise en oeuvre de mesures massives d'économie d'énergie ?, a réagi
« Sortir du nucléaire ». De son côté, Greenpeace estime que ces déclarations renforcent la cacophonie du gouvernement sur la question de
l'énergie. Cette situation est malheureusement typique de la méthode Hollande initiée pendant la campagne présidentielle: ménager les opinions des uns et des autres sans qu'aucun choix clair ni
stratégique ne soit pris, critique l'ONG. Déjà vendredi, Jean-François Julliard avait relevé une multiplication de signaux négatifs depuis le
début du quinquennat: le permis de forage pétrolier exploratoire de Shell au large de la Guyane, le départ de Nicole Bricq du ministère de l'Ecologie après cette affaire, le discours du chef de
l'Etat pour relancer l'exploitation d'uranium dans une mine du Niger, les gaz de schiste... Greenpeace a d'ores et déjà réservé sa participation à la conférence environnementale.
Montebourg a raison, le nucléaire nous engage pour l'éternité !
« Agir pour l'environnement » a estimé lundi qu'Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, avait raison en disant que le
nucléaire est une filière d'avenir, puisque avec ses déchets radioactifs il nous engage pour des millénaires, voire pour l'éternité. En décidant de
se doter d'une filière nucléaire, la France des années 70 a engagé notre pays dans une gestion éternelle de déchets hautement toxiques et radioactifs, souligne Stephen Kerckhove, délégué général
d' »Agir pour l'environnement », dans un communiqué. Il relève encore qu'il dépasse la durée de vie d'une civilisation: Les Egyptiens avaient Kheops, Arnaud Montebourg aura Bure et ses
déchets radioactifs lui permettant de laisser une trace dans l'histoire de l'Humanité. L'ONG rappelle que le site de Bure (Meuse), qui devrait
accueillir à partir de 2025 des déchets radioactifs, devrait être exploité approximativement jusqu'en 2125 puis surveillé pendant 500 ans, avant d'être purement et simplement oublié. Elle
souligne aussi que le plutonium a une demi-vie voisine de 24.000 ans (demi-vie, temps mis pour perdre la moitié de sa radioactivité).
Avec Arnaud Montebourg, l'avenir énergétique de la France se conjugue au passé radioactif, estime l'association, selon laquelle le ministre semble se donner pour mission de soutenir l'industrie
de grand-papa.
27 août 2012 |
En assurant que le nucléaire était une filière d'avenir, le ministre du redressement productif n'a pas seulement fâché les écologistes et déclenché la polémique du jour. Arnaud Montebourg a oublié les récents rapports qui pointent l'impasse économique d'une filière énergétique devenue ruineuse. [article en accès réservé]
Un déchet radioactif est une matière radioactive pour laquelle aucun usage n'est prévu. La dispersion dans l'environnement n'en est autorisée que pour des rejets de faible activité, et pour des isotopes peu radio-toxiques et à vie courte (sous formes d'effluents liquides ou gazeux et dans des limites d'activité et de concentration d'activité strictement prescrites par la loi). Les déchets radioactifs sont parfois appelés déchets nucléaires car la radioactivité provient d'un déséquilibre du noyau atomique. La plus grande partie des déchets radioactifs provient de l'industrie électro-nucléaire qui utilise et génère des matières radioactives dans les différentes étapes du cycle du combustible nucléaire. Les déchets radioactifs proviennent également de la médecine nucléaire, d'industries non nucléaires (extraction des terres rares par exemple), de l'utilisation passée d'éléments radioactifs (paratonnerres à l'américium, etc.) ou encore des usages militaires de l'énergie nucléaire (fabrication d'armes atomiques en particulier). Le terme générique de « déchets radioactifs » recouvre des substances de natures très variées. Ils se distinguent principalement par leur activité : les déchets de « haute activité », cendres du combustible nucléaire, sont plus d'un milliard de fois plus radioactifs que les déchets de « faible activité », dont la radioactivité est en dose moins importante et la période des éléments plus courte. Ils se distinguent également par leur période radioactive. Certains radionucléides dits « à vie courte » subissent une extinction naturelle de leur radioactivité à l'échelle de quelques années. D'autres dits « à vie longue » imposent une gestion à long terme, voire très long terme des déchets dont la durée de vie se compte en million d'années. Ils se distinguent enfin par leur état (solide, liquide, gazeux) et leur composition chimique. [Wikipédia]
IAEA : Second Extraordinary Meeting and Sixth Organizational Meeting of the Contracting Parties to the Convention on Nuclear Safety : 27–31 August 2012
Global Uranium Supply Ensured for Long Term, New Report Shows
26 July 2012 | Uranium resources and production are on the rise with the security of uranium supply ensured for the long term, according to a new report by the OECD Nuclear Energy Agency (NEA) and the International Atomic Energy Agency (IAEA).
http://www.iaea.org/newscenter/pressreleases/2012/prn201219.html
Les ressources mondiales d'uranium sont assurées pour une longue durée, démontre un nouveau rapport | AIEA, 26 Juillet 2012 :
Les ressources d'uranium et de production sont à la hausse avec une sécurité dans l'approvisionnement en uranium assurée à long terme, selon un nouveau rapport de l'Agence de l'OCDE pour
l'énergie nucléaire (AEN) et l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).
Uranium 2011: Ressources, production et demande, communément appelé le «Livre rouge», montre que le total des ressources en uranium
identifiées ont augmenté de 12,5% depuis 2008. Toutefois, les coûts de production ont également augmenté, conduisant à des réductions de moins de ressources catégories de
coûts. Ces chiffres, qui reflètent la situation au 1er Janvier 2011, signifie que le total des ressources identifiées sont suffisantes pour plus de 100 ans d'approvisionnement en
fonction des besoins actuels. La production mondiale de mine d'uranium a augmenté de plus de 25% entre 2008 et 2010 en raison de la production accrue
de manière significative au Kazakhstan, qui est actuellement le premier producteur mondial. La quantité de ressources accrue a été obtenue grâce à une augmentation de 22% des
dépenses d'exploration d'uranium et de développement minier entre 2008 et 2010, qui en 2010 ont totalisé 2 milliards de dollars.
La demande d'uranium devrait continuer à augmenter
dans un avenir prévisible. Bien que l'accident de Fukushima Daiichi ait affecté certains projets de centrales nucléaires et la politique énergétique dans certains pays, l'énergie
nucléaire reste un élément clé du mix énergétique mondial. Plusieurs gouvernements ont des projets pour la construction de nouvelles centrales nucléaires, avec la plus forte
expansion attendue en Chine, en Inde, la République de Corée et la Fédération de Russie. La vitesse et l'ampleur de la croissance de la capacité de production reste d'ailleurs encore
à déterminer. En l'an 2035, selon le secrétariat commun de AEN-AIEA, la capacité mondiale de production d'électricité nucléaire devrait augmenter de 375 GWe nets (à la fin de 2010) entre 540 GWe
nets [dans le cas de la faible demande] et 746 GWe nets [selon l’hypothèse haute], des augmentations respectivement de 44% et 99%. En conséquence, les besoins annuels mondiaux en
uranium correspondants devraient augmenter de 63 875 tonnes d'uranium métal (tU) à la fin de 2010 à 98 000 tU entre et 136 000 tU en 2035. La ressource en uranium actuellement définie est plus que suffisante pour répondre à de hautes exigences jusqu'en 2035 et dans un avenir prévisible.
Bien que les ressources suffisantes soient disponibles, répondre à la demande projetée nécessitera des investissements opportuns dans les installations de production d'uranium. De
longs délais (typiquement de l'ordre de dix ans ou plus dans la plupart des pays producteurs) sont, en effet, nécessaires pour développer des installations de production qui peuvent transformer
les ressources en uranium raffiné en combustible nucléaire.
Avec la production d'uranium prête à s’étendre à de nouveaux pays, des efforts sont faits pour développer des
opérations de transparence et de réglementation similaires à celles utilisées ailleurs pour minimiser les impacts potentiels sur l'environnement et la santé. Bien que n'étant pas
l'objectif principal du « Livre Rouge », les mises à jour sur les aspects environnementaux du cycle de production d'uranium sont inclus
dans les rapports nationaux de cette édition. Alors que l'offre et de la demande sont aujourd’hui considérées d’un point de vue des technologies en usage, le déploiement de réacteurs
avancés et des technologies du cycle du combustible peuvent également influer positivement sur la disponibilité à long terme de l'uranium, en théorie étendre l'horizon temporel de la base de
ressources actuellement défini à des milliers d'années.
Voici quelques-unes des conclusions sur l'uranium qui viennent d'être publiées en 2011: Ressources, production et demande, une étude conjointe de
l'OCDE / AEN et l'AIEA, réalisée en coopération avec leurs pays membres. Il s'agit de la 24e édition de cette évaluation périodique (actuellement tous les deux ans) qui a été publié
depuis le milieu des années 1960.
Uranium 2011: Resources, Production and Demand
A Joint Report by the OECD Nuclear Energy Agency and the International Atomic Energy Agency
OECD, Paris, 2012 - ISBN 978-92-64-17803-8
EURO 140, USD 196, GBP 126, Japanese YEN 18 200
Order from: OECD Online Bookshop
http://www.oecdbookshop.org/oecd/display.asp?lang=EN&sf1=identifiers&st1=978-92-64-17803-8
La fin du pétrole pas cher, par Me Arnaud GOSSEMENT, Avocat [Extraits]
Alors que le Premier ministre vient récemment
de proposer une relance du débat sur l'exploitation des gaz de schiste, le ministre du redressement productif vient de qualifier le nucléaire de "filière d'avenir". Derrière toutes ces
déclarations, une même idée : notre économie dépend d'une croissance fondée sur une énergie abordable. Une idée peu durable. Les propos du Premier ministre sur les hydrocarbures non
conventionnels sont assez surprenants. Il a récemment, sur BFM TV assuré que le débat sur leur recherche et leur exploitation n'est pas fermé dés lors qu'une autre technique, hors la fracturation
hydraulique et non polluante, serait disponible. De ce fait, le Premier ministre a semble-t-il réduit la question à son seul volet technique. Or, la question est, plus globalement, celle de notre
avenir énergétique. Une question éminement complexe qui ne peut être traitée que sous le seul angle de la technique d'exploitation. Il semble donc que le Premier ministre soit passé d'une logique
d'interdiction de toute exploration et exploitation d'hydrocarbures non conventionnels à l'idée d'un débat sur des techniques non polluantes. Une évolution peut être marquée par l'importance de
la facture énergétique dans notre déficit commercial. A supposer, bien sûr, que ladite exploitation permette de réduire ladite facture, ce qui suscite une polémique certaine. Bien sûr, j'entends
l'argument selon lequel il serait plus honnête de produire chez nous plutôt que de dépendre du pétrole extrait en Afrique ou au Moyen Orient dans des conditions écologiques et politiques
douteuses. Dont acte. Mais sortir de cette hypocrise suppose de sortir du pétrole, pas d'y reste . Or, j'ai parfois le sentiment que la sortie du pétrole sera plus difficile encore que la sortie
du nucléaire. Enfin, le ministre du redressement productif, aprés avoir déclaré qu'une troisième révolution industrielle est requise, n'a pas hésité, suivi de près par le ministre de l'intérieur,
a qualifier le nucléaire de "filière d'avenir" avant d'ajouter : « Nous avons besoin d’énergie et pas trop chère ». Ce faisant, le ministre a contredit son précédent discours par lequel il
érigeait la troisième révolution industrielle décrite par Jérémy Rifkin en feuille de route. Or, cette troisième révolution procède du développement des technologies de l'information et
d'énergies distribuées, décentralisées. Toutes ces déclarations ministérielles ont un point commun : la nostalgie d'un monde où le pétrole n'était pas cher et autorisait une croissance économique
à deux chiffres. Malheureusement ce monde est révolu. Il faudrait le dire aux ministres concernés et ce pourrait être le rôle du ministère de l'écologie si seulement ce dernier était associé aux
discusions en cours sur l'énergie. Il faudrait également dire la vérité : l'avenir est aux économies d'énergie, aux changements d'usage, à la fiscalité écologique, aux énergies renouvelables, à
l'intervention des régions, à l'ouverture du marché... Pas au renforcement de notre dépendance aux énergies centralisées, fissiles et fossiles.
Je suis cependant convaincu que, si nous perdons du temps, nous sommes cependant au bout d'un cycle. Le politique devrait prochainement comprendre, comme nombre de citoyens et d'entreprises l'ont déjà fait, que l'énergie ne devrait plus jamais redevenir quasi gratuite. Nous sommes déjà dans le monde de l'après-pétrole. Tant mieux.
Cependant que fleurissent les plaidoyers pro-gaz de schiste :
La France a renoncé à l'indépendance énergétique
[Editions Abonnés de la Tribune] Sébastien Laye et Mikå Mered | 14/08/2012, 17:00 - 788 mots
Si la maxime d'Émile de Girardin, « Gouverner, c'est prévoir », fut abondamment reprise, il n'en demeure pas moins que les dirigeants français semblent avoir oublié tout exercice de prospective dans bien des domaines depuis Pierre Mendès-France.
Parmi les oubliés de la prospective, « le futur énergétique n'a jamais été aussi incertain », s'alarment trois économistes experts en énergie (Jean-Marie Chevalier, Michel Derdevet et Patrice Geoffron) dans un récent ouvrage incontournable en la matière, "L'avenir énergétique : cartes sur table" (Folio).En effet, dans un contraste saisissant, l'Europe a certes dégagé une vision commune avec la directive 3x20 (efficacité énergétique, développement des renouvelables et réduction des gaz à effet de serre), mais les bilans nationaux pris séparément sont fort disparates, alors qu'à l'opposé les États-Unis s'appuient sur une perspective d'indépendance énergétique et de statut de premier producteur d'énergie au monde à l'horizon 2020. En 2011, 81 % de la demande domestique a pu être assurée par la production locale, à savoir le plus haut niveau atteint depuis 1992, et, pour la première fois depuis 1952, les États-Unis ont en ligne de mire l'indépendance énergétique. Dans un mouvement stratégique commun à la Chine, la Russie, la Pologne ou encore l'Australie, c'est parce qu'il y a eu une volonté gouvernementale et un débat sur l'encadrement des techniques d'exploitation - que nous nous sommes dogmatiquement refusé - que les États-Unis ont pu développer une industrie forte en moins de cinq années. Bien sûr, beaucoup de compagnies américaines ne respectent pas la réglementation instaurée, comme l'a montré le très bon documentaire Gasland, de Josh Fox. Mais la France n'est pas les Etats-Unis : si nous le décidions, nous aurions une réglementation forte et respectée avec des contrôles stricts.
Or, avant même de pratiquer toute exploration ou le moindre test, on a démagogiquement refusé d'encadrer fortement la technologie, de pratiquer toute exploration et même de conduire le moindre test sous contrôle gouvernemental. En France, pays du saint-simonisme et des premières théorisations de la maîtrise de l'environnement par l'humain, les débats publics sur ces mêmes techniques de fracturation hydraulique puis sur le nucléaire - moteur bicéphale de l'indépendance énergétique américaine - ont suscité une glose abondante dans un sens unique déconcertant. En effet, jamais n'a-t-on cherché durant ce non-débat public à trouver un juste milieu et dégager une vraie écologie politique à la française.
Alors que ce non-débat est à présent retombé aux oubliettes démocratiques avant même d'avoir été mené, nous nous devons d'appeler le nouveau gouvernement à urgemment penser la question énergétique car les changements de paradigmes économiques et diplomatiques induits par son essor aux États-Unis sont à même de nous asservir durablement.
Fort Worth, la ville aux 2.000 puits
En 2010, le forage de gaz de schiste a généré 76 milliards de dollars de revenus aux États-Unis et contribué à créer 600.000 emplois, selon une étude d'IHS. D'ici à 2020, on en attend 118 milliards annuels, presque 870.000 emplois et l'indépendance énergétique. L'économie industrielle, avec un socle énergétique fort, est intense en capital humain et en compétences tant scientifiques que manuelles. À cet égard, l'expérience de l'État canadien d'Alberta est saisissante : l'exploitation des schistes bitumineux a donné naissance à une économie du plein-emploi. Le gouvernement fédéral américain, lui, a déjà reçu près de 10 milliards de dollars en impôts en 2011 en provenance de l'industrie des schistes. Sans aller jusqu'au développement quasi anarchique en vigueur outre-Atlantique, la France peut se réserver les moyens de piloter publiquement le développement technologique, écologique et territorial asso-cié à ces techniques pour prévoir les défis du futur. À nous de nous autoriser un débat pragmatique et rigoureux sur les schistes, le nucléaire et les renouvelables pour arriver à un juste milieu vertueux entre développement économique, développement écologique et développement énergétique. L'enjeu est important : si nous le décidions, le développement de ces industries non délocalisables pourrait aisément en retour financer et assurer le développement de notre parc renouvelable, nous permettant de faire coup double.
En avril 2011, sans avoir autorisé le moindre test réel, la France décidait d'interdire l'exploitation non conventionnelle d'hydrocarbures sur son territoire, alors même qu'une vaste formation, s'étendant du Bassin parisien à la Pologne, contiendrait l'équivalent de 100 milliards de barils de pétrole (une demi-Arabie saoudite). L'absence de débat et de confrontation scientifique et industrielle sur le sujet est emblématique des déficiences de notre politique industrielle et énergétique. Alors que les Français expatriés aux États-Unis, en Pologne ou en Chine profitent d'une énergie peu onéreuse et d'un renouveau industriel, ils constatent avec amertume que leur patrie s'enferme dans une vision obscurantiste et court-termiste de ces sujets. En temps de crise majeure, à l'heure où nous devons nous réinventer pour subsister, combien de temps allons-nous demeurer si rétifs au progrès et à la croissance que nous nous autorisons le luxe de purement et simplement ignorer une source de richesse massive, embrassée avec enthousiasme par le monde entier ?
Sébastien Laye, financier, entrepreneur new-yorkais (HEC, IEP, Droit) et Mikå Mered, président du think tank « Génération Expat' » et étudiant chercheur en prospective économique à l'université de Columbia.
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