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"Diminuer nucléaire et pétrole tout en finançant le renouvelable »
ENTRETIEN avec Arnaud Montebourg, ministre du redressement productif, plaide pour une révolution industrielle
Au lendemain de la conférence environnementale, Arnaud Montebourg, ministre du redressement productif, revient sur les annonces du chef de l'Etat. Il détaille sa feuille de
route de la transition énergétique.
Le gouvernement va recevoir une feuille de route pour sortir " du tout-nucléaire " et " du tout-pétrole ". Vous en connaissez deux points : pas de gaz de schiste pendant cinq ans. Et la
fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim fin 2016. Etes-vous satisfait de ce cap donné ?
Ces annonces visent à placer la France sur l'orbite d'une troisième révolution industrielle. Nous allons tous devenir des producteurs d'énergie. D'abord en contrôlant nos flux de consommation mais aussi en devenant chacun à notre échelle - famille, PME, exploitation agricole... - un lieu de création d'énergie - géothermie, éolien, solaire. Soit pour notre consommation propre, soit pour les réseaux intelligents où chacun vend et achète de l'électricité.
Le cap donné par François Hollande va conduire à ce que les modes de production énergétique centralisés prennent de moins en moins de place. Cela ne veut pas dire que le nucléaire est abandonné. Au contraire. Nous construisons l'EPR de Flamanville et nous exportons cette technologie à l'étranger. Il s'agit plutôt de rééquilibrer la place de l'atome dans le mix énergétique.
Concernant le gaz de schiste, le président de la République a condamné la fracturation hydraulique destructive de l'environnement mais pas le gaz de schiste en soi. Si la recherche évolue sur cette technique, il sera bien temps d'en reparler.
Les ONG appellent plutôt à tourner le dos aux énergies fossiles pour accélérer la lutte contre le réchauffement.
Il est irréaliste de vouloir diminuer le nucléaire et le pétrole, tout en trouvant de l'argent pour financer les renouvelables ! Comme l'a dit Nicolas Hulot à la conférence environnementale, le
débat sur la transition énergétique va consister à " choisir entre différents inacceptables ".
Pour ma part, je préfère que les renouvelables viennent se substituer aux énergies fossiles fort émettrices de gaz carbonique et pas au nucléaire. Mais nous
ramènerons, comme annoncé dans la campagne, de 75 % à 50 % la part de l'atome dans la production d'électricité
Vous saluez le discours du président mais vous aviez pourtant heurté les écologistes en défendant le nucléaire et le gaz de schiste !
Ma mission ne consiste pas à faire plaisir. Le ministère du redressement productif, ce n'est pas le ministère des mondanités. Je suis là pour travailler sur le réel et le changer. Dire que le
nucléaire est une filière d'avenir même si elle doit être rééquilibrée, c'est dire exactement la même chose que le président de la République. Nous ne pourrons pas nous libérer du nucléaire et du
pétrole en même temps. Nous pourrons seulement diminuer l'un et l'autre.
La fermeture de Fessenheim en 2016, vous êtes d'accord ?
C'est un engagement du président de la République. Il n'est plus discutable.
Vous en avez chiffré le coût ?
Les informations sur le fait qu'EDF réclamerait à l'Etat deux milliards d'euros d'indemnités pour compenser l'impact de la fermeture de cette centrale ont été
démenties par l'électricien.
Après l'Allemagne, le Japon vient d'annoncer sa décision d'abandonner le nucléaire d'ici à 2040. La France n'est donc pas isolée...
Dans le même temps, le Royaume-Uni investit dans le nucléaire, la Tchéquie, la Finlande, la Pologne et beaucoup d'autres. Pour autant, je suis convaincu qu'il faut investir dans les énergies renouvelables, car ce sont des emplois non délocalisables. En 2010, ces industries représentaient 100 000 emplois directs et indirects. Nous espérons, en 2020, doubler ce chiffre et atteindre 224 000 emplois. La transition énergétique doit être un moment de mobilisation nationale pour créer de nouveaux marchés et faire surgir de nouvelles technologies. Nous sommes par exemple à l'avant-pointe concernant la propreté des véhicules : l'émission moyenne de CO2 des véhicules neufs vendus en France a été réduite de 22 grammes en quatre ans : nous sommes à 127 g de CO2 par kilomètre contre 136 g pour la moyenne européenne. L'Allemagne est à 145 g.
Notre parc automobile est surtout " diesel ", un carburant dont les risques cancérigènes sont avérés...
L'industrie automobile française a fait des progrès spectaculaires pour améliorer les performances de la motorisation diesel. Est-ce qu'il faut néanmoins travailler à un rééquilibrage ? La
question mérite d'être discutée et traitée sur le long terme.
Vous y êtes favorable ?
Ce déséquilibre est exclusivement lié aux écarts de fiscalité. Il faudra bien à un moment que nous ayons une réflexion sur ce sujet, en associant constructeurs et consommateurs. C'est un chantier
pour les dix ans qui viennent.
Dix ans, c'est long...
Des progrès ont été réalisés sur les véhicules neufs, c'est surtout le parc ancien qu'il faut convertir en rendant attractifs les nouveaux types de moteur. Nous utilisons déjà le bonus/malus sur les émissions de CO2 et les euronormes sont devenues drastiques. Le président a annoncé que le dispositif du bonus/malus sera élargi : ce signal prix permettra d'améliorer les comportements à condition qu'il soit applicable aux produits d'importation. On ne peut pas mettre en place chez nous des comportements vertueux sur le plan environnemental et laisser entrer tout et n'importe quoi. D'où l'idée d'une taxe carbone aux frontières européennes. Cette stratégie régulatrice permet à l'Union d'affirmer que ses choix et ses valeurs doivent être pris en compte dans le commerce mondial.
Au-delà de l'automobile, pensez-vous que nous disposons du tissu industriel apte à mener à bien la transition écologique ? Les filières solaire et éolienne
sont mal en point...
La stratégie de la demande, menée via le soutien - inconstant - à des tarifs de rachat photovoltaïque et éolien, a été conduite sans qu'existe une stratégie d'offre industrielle. Voilà pourquoi
les contribuables français ont financé les carnets de commande des multinationales chinoises. Le débat sur la transition énergétique va être une opération vérité sur le coût des énergies vertes.
Les Allemands ont du mal à les financer et les Espagnols s'y sont endettés à hauteur de 25 milliards d'euros. En France, il faut faire attention qu'EDF ne porte pas seul cette charge du service
public de l'électricité qui pourrait se transformer en bombe à retardement. Il faudra aussi déréglementer. L'impossibilité pour les agriculteurs d'installer des panneaux photovoltaïques sur
le toit de leurs bâtiments agricoles est absurde, tout comme le minimum de cinq mâts pour un parc éolien... Ma tâche consistera aussi à inciter les PME et les groupes à investir davantage
dans le stockage de l'énergie, la biomasse, le photovoltaïque. Le grand emprunt a déjà financé 87 projets innovants en matière d'énergies renouvelables.
Lors de la conférence environnementale, vous avez plaidé pour un nouveau grand emprunt afin de booster ces chantiers...
La banque européenne d'investissement peut nous aider à financer cette révolution industrielle. Mais si nous ne parvenons pas à créer au sein de l'Union une sorte de Ceca - Communauté européenne du charbon et de l'acier - de l'énergie renouvelable, financée avec de la dette européenne - qui soit hors du décompte maastrichtien -, nous aurons besoin de relancer l'investissement public dans ces secteurs.
Vous allez creuser un peu plus le déficit budgétaire ?
Je ne pense pas que ce soit un peu plus de déficit car ces investissements rapporteront beaucoup en termes de recettes et d'emplois.
Vous sortez de Maastricht, là...
Il vaut mieux...
Comment allez-vous faire pour faire face à l'urgence, comme à Florange sur le site d'Arcelor-Mittal, et mener sur le long terme la transition écologique
?
Je pratique la médecine d'urgence. Nous gérons les plans sociaux largement dissimulés par l'ancienne majorité. Ma mission consiste à négocier la survie des entreprises, à ne pas laisser partir
les savoir-faire. C'est la stratégie allemande. En France, nous pensons qu'une entreprise en difficulté devrait être abandonnée à elle-même. Les entreprises sont des organismes vivants.
Quand elles sont malades, il faut les soigner, sinon elles mourront et si elles meurent, c'est comme les arbres après la tempête, une fois à terre, il faut des années pour qu'ils repoussent...
Depuis le 18 mai, nous avons travaillé sur 91 dossiers, soit 14 220 emplois. 2 770 ont été perdus et 11 450 sauvés. Chaque mois, je ferai un inventaire précis de notre action.
Propos recueillis par Marie-Béatrice Baudet, Jean-Michel Bezat et Sophie Landrin
© Le Monde
L'arrêt du nucléaire au Japon suscite l'inquiétude
Tokyo Correspondance : Les autorités locales redoutent les conséquences économiques d'un projet gouvernemental qu'elles jugent " irréalisable "
Annoncé le 14 septembre par le gouvernement japonais, l'arrêt progressif de la production d'électricité d'origine nucléaire d'ici à 2040 donne lieu à nombre d'interrogations et à une belle cacophonie. " Nous ne reviendrons jamais sur les autorisations accordées pour la construction de nouveaux réacteurs ", a déclaré le 15 septembre Yukio Edano, le ministre de l'économie, devant des responsables du département d'Aomori, dans le nord du pays, où se trouvent le site de retraitement de Rokkasho et le chantier d'une nouvelle centrale. Avant la catastrophe de Fukushima, trois réacteurs étaient en travaux, dont un devant fonctionner au mox (mélange de plutonium et d'uranium). S'ils doivent être actifs durant quarante ans - leur durée de vie prévue -, et bénéficier éventuellement d'une prolongation de vingt ans, cela signifierait que le " zéro électricité nucléaire " ne sera pas réalisé d'ici à 2040. De même, la question du cycle du combustible nucléaire n'est pas évoquée dans le projet gouvernemental, ni celle des 35 tonnes de plutonium dont dispose le Japon - stockées en France notamment.
D'où le sentiment que l'annonce de cette " stratégie énergétique révolutionnaire " relève plus d'une ambition que d'un objectif réel. Son flou, voire ses contradictions, n'empêche pas néanmoins de vives réactions fondées sur des inquiétudes économiques. Les autorités locales craignent de perdre des emplois, des subventions d'Etat et des revenus fiscaux.
Le gouverneur du département de Fukui (centre du pays), Issei Nishikawa, a déploré le manque de clarté d'un projet qui pourrait se traduire par la fermeture du surgénérateur de Monju, installé dans sa région. A Aomori, les autorités ont menacé de renvoyer vers les centrales nucléaires les 3 000 tonnes de combustibles usagés stockées à Rokkasho si le gouvernement abandonnait l'activité de retraitement.
S'exprimant au nom du monde des affaires, Hiromasa Yonekura, président du Keidanren - principale organisation patronale, dépendant grandement des subsides des compagnies d'électricité -, a qualifié d'" irréaliste et irréalisable " la sortie du nucléaire.
Dans un éditorial du 15 septembre, le quotidien économique Nihon Keizai pointe les difficultés à venir avec les pays partenaires du Japon dans le nucléaire : Etats-Unis, Grande-Bretagne et France. L'ambassadeur du Royaume-Uni, David Warren, et celui de la France, Christian Masset, ont rencontré le porte-parole du gouvernement Osamu Fujimura. Ils s'inquiètent de l'avenir du combustible japonais retraité dans leurs deux pays. Le projet pose aussi la question de l'avenir d'Areva dans l'Archipel. Les critiques rappellent les calculs gouvernementaux, dévoilés le 4 septembre, sur un scénario de sortie de l'atome en 2030. Les chiffres montraient que cela nécessiterait 474 milliards d'euros d'investissements et pourrait se traduire par une hausse des coûts d'importation des énergies fossiles et par un doublement de la facture d'électricité des consommateurs.
Le directeur de l'Institut pour les politiques d'énergies renouvelables (ISEP), Tetsunari Iida, est allé jusqu'à qualifier le projet d'" escroquerie sur les mots et les chiffres ". Le choix du gouvernement est un véritable tournant. Avant la catastrophe de Fukushima, le Japon souhaitait porter d'ici à 2030 la part du nucléaire à près de la moitié de sa production d'électricité, contre 26 % en 2009.
Pourquoi ce recul ? Pour satisfaire une population inquiète à l'approche d'un scrutin législatif qui pourrait intervenir avant la fin 2012. Le gouvernement répond aux attentes d'une opinion majoritairement hostile au nucléaire depuis Fukushima et pour laquelle le risque d'un nouvel accident semble plus important que l'impact économique d'une sortie du nucléaire.
Le Japon a, sur ce point, reçu le soutien de Berlin. Le porte-parole du gouvernement allemand, Steffen Seibert, a fait savoir que Berlin était aux côtés de Tokyo pour cette sortie du nucléaire. Pour M. Seibert, s'engager dans cette voie " exigeante " signifie " créer de nouvelles possibilités technologiques et donner naissance à de nouvelles industries d'exportation ".
La loi sur le soutien aux énergies renouvelables décidée après Fukushima est en vigueur au Japon depuis le 1er juillet. Elle s'est traduite par le lancement de 33 000 projets dont 81 dans le solaire, capables de générer 243 mégawattheures, impliquant des géants de l'industrie comme Toshiba, Kyocera ou IHI. de Philippe Mesmer - © Le Monde
Face à une croissance ralentie, l'Inde relance la libéralisation de son économie
Des clients dans un
commerce de détail, à Bombay, le 14 septembre.
RAJANISH KAKADE/AP
New Delhi Correspondant régional
New Delhi veut ouvrir la distribution et l'aviation civile aux investisseurs étrangers
Un vent libéral souffle à nouveau sur New Delhi. Les milieux d'affaires applaudissent. Les économistes libéraux suspendent soudain leurs critiques acerbes de l'immobilisme du gouvernement de New Delhi. La coalition au pouvoir, dominée par le parti du Congrès (centre-gauche), " s'est finalement réveillée d'un profond sommeil ", commentait ainsi un éditorial du quotidien économique Mint au lendemain de l'annonce, vendredi 14 septembre, d'un plan gouvernemental visant à ouvrir au capital étranger un certain nombre de secteurs de l'économie (commerce de détail, aviation...), jusqu'à présent très encadrés.
Jeudi 13 septembre, le pouvoir avait ouvert la voie en décidant de relever de 12 % les prix (administrés) du diesel et de plafonner l'accès du public au gaz (aux prix également administrés) dans un geste visant à réduire les subventions gouvernementales qui pèsent lourdement sur le déficit budgétaire.
A l'évidence, le parti du Congrès souhaite relancer la dynamique encalminée des réformes à un moment critique où la croissance s'est ralentie à 5,5 % au deuxième trimestre - soit le taux le plus bas depuis dix ans. A un an et demi des élections législatives, qu'il aborde sur la défensive, le parti dirigé par Sonia Gandhi, en liaison avec le premier ministre Manmohan Singh, veut donner tort à ceux qui dénoncent la " paralysie politique " de New Delhi.
L'ouverture des détaillants multimarques aux enseignes étrangères est la mesure phare de cette tentative de restaurer la confiance auprès des investisseurs. En vertu de ce plan, le capital étranger sera autorisé à acquérir des parts à hauteur de 51 %.
L'enjeu est politiquement explosif dans un pays qui compte 12 millions d'entreprises de commerce de détail - pour l'essentiel de petite taille -, employant 40 millions de personnes pour un chiffre d'affaires évalué à 400 milliards de dollars (304 milliards d'euros).
En 2011, le gouvernement avait dû faire machine arrière après avoir soumis la même proposition. Le débat avait été passionné. Les partisans de l'ouverture arguaient que consommateurs et fournisseurs locaux seraient les grands bénéficiaires de la contraction attendue de la chaîne des intermédiaires. Leurs opposants dénonçaient les suppressions d'emplois induites par la dissolution prévisible du tissu commercial local.
Le parti du Congrès avait dû affronter l'hostilité y compris de certains partenaires de sa coalition gouvernementale, notamment le Trinamool Congress, dirigé par Mamata Banerjee, premier ministre (" chief minister ") de l'Etat du Bengale-Occidental.
Face à tant d'adversité, l'exécutif avait jeté l'éponge, confortant, auprès des milieux d'affaires, un désenchantement général devant ce qui était interprété comme une " paralysie " des réformes en Inde.
Cette fois, le premier ministre, Manmohan Singh, semble résolu à aller de l'avant. Les chiffres préoccupants de l'investissement étranger - en chute de 78 % de juin 2011 à juin 2012 - l'ont probablement convaincu de l'urgence d'envoyer un signal.
L'inflation demeure vive : L'annonce parallèle de l'ouverture du secteur de l'aviation civile aux compagnies aériennes étrangères (à hauteur de 49 %) obéit à la même logique.
Afin de minimiser le coût politique de cette nouvelle audace, le gouvernement pense avoir trouvé la parade : laisser aux Etats fédérés la liberté d'appliquer le plan d'ouverture du commerce de détail. Neuf Etats ont fait savoir qu'ils mettraient en oeuvre cette réforme, six qu'ils la refuseraient. Dans l'attente d'un impact, à ce stade incertain, ces annonces visent avant tout à modifier la perception politique du pouvoir de New Delhi par la communauté des investisseurs étrangers comme nationaux, jusqu'à présent démoralisés par les scandales de corruption et par la dégradation de la conjoncture.
Illustration de cette désillusion à l'égard de l'Inde, l'agence Standard & Poor's a menacé, en juin, d'abaisser la note de la dette souveraine indienne. Sur fond de croissance essoufflée, l'inflation demeure vive (7,6 %), conduisant la Banque centrale à maintenir des taux d'intérêt élevés contrariant l'activité. Dans le même temps, les déficits budgétaire (5,9 % du PIB) et commercial (2,4 % du PIB) ne cessent de se creuser, accélérant le dévissage de la roupie (moins 20 % en un an face au dollar).
L'un des noeuds de la panne économique de l'Inde tient à son déficit structurel de l'offre, lequel renvoie aux goulets d'étranglement bridant son appareil productif. Les milieux d'affaires réclament plus de hardiesse sur ce terrain-là. " Un véritable big-bang des réformes est toujours attendu ", écrit, lundi, le quotidien Business Standard.
Frédéric Bobin
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